Week-end de pâques...

Publié le par Claire, Fabien & Pierre

Vendredi saint, jour férié, 5h30.

Douches successives pour tenter d’extirper le sommeil qui s’accrochent à nos cils… Petit déjeuner pour tenir la demi-journée… Préparation d’un sac de trois jours : quelques sous-vêtements, deux-trois fringues, l’appareil photo, la trousse de toilette, la serviette de bain et le maillot de bain…

Alexandre sonne à la porte comme convenu à 6h30. Nous embrayons le pas pour la gare routière. Quelques détours dans le centre de Dschang pour trouver la petite place de terre battue où stationne le bus pour Limbé.

10.04.02 - Départ de Dschang

Départ prévu à 9h00. L’air frais du petit matin s’évapore peu à peu sous la caresse du soleil. Un trou-du-cul, célèbre jeu de carte – aux règles perfectionnées par une pratique répétée –, s’improvise sur le dos bosselé d’un sac en toile d’épis de maïs dorés. Claire gagne, gagne et gagne encore. Le temps s’écoule, le délai annoncé du départ est depuis longtemps dépassé. Le bus attend d’être au maximum chargé. 11h15, les passagers se mettent en branle devant l’autobus. Le véhicule Toyota – comme 90% des 4 roues du pays – affiche fièrement sur son dos sa capacité : 19 places. Une fois tous installés, nous serons 30 et 3 enfants. Il est spécifié sur une ardoise combien de jours se sont écoulé depuis le dernier accident de la compagnie : 453.

Après quelques haltes, nous décollons enfin de Dschang avec quelques trois heures de retard – le retard est une norme camerounaise nous dit-on. Au bout d’une dizaine de minutes, un enfant derrière nous régurgite son petit-déjeuner sur son voisin, un homme d’âge mûr qui rouspète d’abord de voir son costume taché, et rigole ensuite au regard décontenancé de l’enfant. L’air qui s’engouffre par chaque fenêtre balaye l’odeur – aux effluves de fruits ! – et le rire se propage. Le poste chante, notre voisine aussi. Elle porte sur ses genoux son fils, d’une beauté sage et malicieuse. Le bus déambule à travers le paysage, descendant les hauts plateaux sur la route dessinant de grandes aiguilles, puis, dévalant les coteaux vallonnés, il fini par suivre un parcours sillonnant les villages de la plaine. Les haltes se font plus nombreuses.

10.04.02 - Dans le busSe sont d’abord de courtes pause, où le véhicule ne semble même pas s’immobiliser, tout à coup englué d’une nuée de vendeurs brandissant de leurs mains leur commerce – papayes, brochettes de poulet, avocats, poches d’eau, etc. Les clauses de la vente se font à l’arraché : rapides tractations (50, 100, ou quelques centaines de francs CFA) criés entre l’acheteur enchevêtré parmi les passagers et le vendeur glissant autant que possible son visage dans l’encadrement de la fenêtre. Les produits entrent, le véhicule déjà reprend un peu d’allure ; les vendeurs suivent son mouvement tapant de leurs paume libre sur la carrosserie tandis que quelques voix s’élancent vers le chauffeur : les uns réclamant leur argent, les autres attendant leur monnaie. Le commerce réalisé, le bus reprend sa vitesse de croisière laissant dans son sillage la nuée de vendeurs, déjà affairés autour d’un autre wagon de passage.

10.04.02 - Bout d'chouPlus loin, croisant des bourgs de plus grande importance, le bus s’arrête quelques minutes. Déjà les vendeurs convergent vers nous. Quelques personnes descendent – les uns récupérant leurs paquetages, les autres pour laisser se désincarcérer ceux-ci – et d’autres montent. L’empilage se reforme, le bus repart. Lors de l’un de ces arrêts, notre voisine – étant assise avec son fils sur le strapontin central – descend pour laisser passer un homme, installé derrière nous. Son enfant se glisse sur mes genoux. Sa mère revenue, il reste là, lui permettant de dégourdir ses jambes comprimées. Il s’endort, la tête appuyée sur le dossier de la banquette de devant, tout son poids sur mes guiboles – déjà trop grandes pour être à leur aise. Son petit minois, leurs sourires complices, le chantonnement de sa maman et ses remerciements répétés lorsqu’ils descendent à leur destination récompensent amplement la peine – toute supportable.

La chaleur se fait plus pesante à mesure que l’après-midi infuse sa torpeur et que l’altitude se rapproche du niveau de l’océan. La sueur perle à chaque arrêt, moment où l’air, immobilisé dans le compartiment, assoie sa lourde pesanteur sur chacun des occupants. Chaque contact – avec les voisins, le siège et le dossier – conduit rapidement une moiteur persistante. Puis, les derniers arrêts réduisent les rangs à leur nombre autorisé – une vingtaine – puis à une poignée, laissant enfin nos corps se détendre et nos appuis se dégager… Il est 17h00, nous arrivons à destination : Limbé.

Limbé est une petite ville anglophone du littoral, situé au pied du Mont Cameroun – culminant à 4095 mètres d’altitude – dont nous n’entreverrons la cime qu’une brève fois où le vent le décoiffera de son chapeau de nuages. Le relief plonge dans la mer dans d’élégantes formes rebondies, accumulant des silhouettes vallonnées dans une succession de plan dont l’humidité ambiante rend la teinte plus ou moins blafarde. Le long de ces courbes fluides se découpent les contours d’une dense forêt, couronnée en quelques endroits de baobabs démesurés.

La journée éprouvante et le contact d’un hôtelier – frère d’un restaurateur de Dschang – nous décident à s’écarter du centre de Limbé : le Tsaben Beach Hôtel nous accueille, le sourire aux lèvres, les « bienvenus » de Thomas – notre hôte – et de ses employés. Brève visite des chambres… Les deux premières sont parfaites : c’est une paillotte habillée de bambou dont la vue, passant par-dessus de la route, ne trouve rien sur son passage que la surface ridée de l’océan.

10.04.02 - OcéanL’océan… Quelques minutes après nous y plongeons et nous laissons envahir par la sensation délectable de se débarrasser de la sueur de toute cette journée. L’eau n’y est pas froide, mais tout de même rafraichissante. Le sable y est sombre, témoin du monstre volcanique caché sous son manteau verdoyant. Le paysage est sublime, simplement envoutant.

Thomas nous fait des ristournes, nous soigne comme des invités de cœur, nous régale de sa cuisine… Un petit échantillon ? … Darne de Barracuda, viande de brousse (hérisson), bar grillé, poulet à la camerounaise… MIAM. Puis, la nuit chaude et humide nous rassasie de sommeil.

 

Samedi. Un pied sorti du lit, et c’est la baignade matinale ! Arff – no comment pour ne pas trop attiser la haine des lecteurs. Répétition du programme au petit déjeuner : visite de la baie de Limbé, du jardin botanique – parce qu’il est fameux, et parce qu’il peut nous servir dans notre travail –, puis le zoo – le crocro ayant fait l’objet d’une récente publication a démenti cette affaire : « c’est caïman de la diffamation ! » – et enfin… retour à la plage… Oui, on ne va pas se laisser abattre !

La journée passe à merveille – je laisse pour cela parler la boite à image, ci-contre (3 albums intitulés "Limbé, [...]").

A l’avis unanime, le lendemain sera consacré à la plage, aux délices de Thomas, et à la plage, encore.

 

Dimanche. Tout commence paisiblement, par le bain au saut du lit, le petit déjeuner, la baignade digestive, quelques parties de trou-du-cul, la trempette de fin de matinée, le déjeuner sur la plage, et enfin la seconde baignade digestive…

Mais il nous faut quitter le petit paradis : d’une part histoire de changer, d’autre part pour se rapprocher de la gare routière – qu’il nous faut atteindre lundi à l’aube –, nous avons décidé un hébergement au centre-ville de Limbé. Le week-end se termine sur une soirée à un restaurant du port, où après avoir mangé – des poissons frais que l’on choisi avant que l’on nous les fasse griller ! MIAM – pour un prix convenu, il nous faut patiemment faire valoir notre droit de ne pas se faire arnaquer… Vérification de la facture ; négociation pour avoir une correction – quelques milliers de francs glissés entre le détail et le total ; attente du retour du serveur ; interpellation du serveur ; refacturation – la première s’est, entre temps, perdue ! – avec réévaluation des prix à la hausse, inclusion de suppléments ; négociation – même surfacturé, le total n’attend pas, et de loin, le premier montant ! ; règlement ; retour à l’hôtel dans un taxi trop cher – plus envie de batailler.

 

Lundi. Réveil à l’aube pour rejoindre notre bus préféré – armés de livres pour l’attente du départ. Il s’ébranle vers 9h00, mais met plus de temps de trajet qu’à l’aller. Nous arrivons à Dschang, l’après-midi déjà entamé. Se dessine alors le début d’une nouvelle semaine de travail : éreintés du voyage et l’esprit reposé…

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La soeurette 14/04/2010 14:10


Ouaouhh...
Vous allez revenir avec des supers souvenirs !!!
Bibi :)